Le Livret A et ses alternatives

Défiscalisé, toujours disponible et surtout sans risque, le Livret A plaît massivement aux Français, notamment en période de crise. L’abaissement de son taux mérite de s’interroger sur la pertinence de ce placement. Nous listons quelques cas de figure simples ici.

Le mode de calcul du taux de rémunération du Livret A prend en compte le taux de l’inflation

Un rappel tout d’abord : le calcul du taux du Livret A prend doublement en compte le taux de l’inflation. Son calcul prend directement en compte la valeur de l’inflation mais prend aussi en compte les taux de rémunération de l’argent à court terme. Or ces taux dépendent eux aussi de la valeur de l’inflation. En cas de baisse de l’inflation, le taux de rémunération du Livret A doit automatiquement baisser. Or, les perspectives pour 2018 laissent à penser que l’inflation va baisser à nouveau, l’environnement économique risquant d’être récessif sur l’année à venir. Il est donc possible que le taux du Livret A baisse à nouveau, par exemple en 2018.

Il faut se rappeler également que le taux de rémunération du Livret A est utilisé comme référence pour la rémunération de plusieurs autres formes d’épargne. Le Livret de Développement Durable (LDD), par exemple, est aligné sur le Livret A. Le taux de rémunération du LDD est donc aussi passé à 1,75%.

Livret bancaire ou Livret A/LDD ?

Les établissements bancaires fixent eux-mêmes les taux de rémunération de leurs livrets, dits « livrets bancaires ». La plupart du temps ces livrets ont des taux plus élevés que celui des Livret A ou LDD. Mais la Loi de Finances 2017 met en place une fiscalité nouvelle sur les livrets bancaires. A compter de cette année, ceux-ci seront soumis à l’impôt sur le revenu ainsi qu’aux prélèvements sociaux – ces prélèvements étant établis à 15,5%. L’intérêt d’un livret bancaire dépend donc à présent du taux d’imposition de l’épargnant et du taux de rémunération du dit livret.

A titre de comparaison, pour un foyer fiscal répondant à la tranche de 14% pour l’impôt sur le revenu (IR), et en intégrant les prélèvements sociaux (15,5% donc) et la Contribution Sociale Généralisée (CSG, égale à 5,10%), le taux global d’imposition des livrets bancaires pour l’épargnant issu de ce foyer sera de 28,8%. Pour être plus intéressant qu’un Livret A ou qu’un LDD en termes de rémunération, le livret bancaire devra alors être rémunéré avec un taux supérieur à 2,458% (1,75% / (1-28,8%)).

De même, pour un foyer fiscal imposé par exemple à 41% pour l’IR, le taux global d’imposition des livrets bancaires serait de 54,4% – hors contribution exceptionnelle, toujours possible pour ce type de foyer fiscal. Dès lors, un livret bancaire devrait être rémunéré avec un taux au moins égal à 3,838% (1,75% / (1-54,4%)) pour être mieux rémunéré qu’un Livret A ou qu’un LDD.

Et les Plans d’Epargne Logement ?

Les PEL sont rémunérés à 2,50%, un taux qui était déjà supérieur à celui des Livret A et LDD. L’écart va donc devenir plus important encore à compter du 1er février. Mais les PEL ont des caractéristiques différentes des livrets. L’argent qui y est déposé y est bloqué pendant une durée minimale de 4 ans, sauf à casser le plan. Le PEL n’a donc pas la liquidité des livrets. Et surtout, son taux de rémunération est diminué si la durée minimale de blocage n’a pas été atteinte. L’Etat verse en effet une prime à l’issue des quatre années minimales d’épargne, mais pas avant !

C’est donc un mode d’épargne à conseiller, surtout du fait de l’écart de 0,75 points dont son taux de rémunération va profiter comparé au taux des Livret A et LDD, mais pour les épargnants en capacité non seulement de blocage de sommes sur 4 ans mais aussi d’épargne mensuelle minimale (actuellement, 75 € par mois).

Par ailleurs, les PEL ouvrent des droits en cas d’achat immobilier ou de travaux dans une maison. Mais dans le cadre d’un projet immobilier à moins de quatre ans, il peut être intéressant de prendre en compte les niveaux des taux d’emprunts immobiliers actuels. Si la période est propice à contracter ce type d’emprunt, avec des taux particulièrement bas et attractifs, y compris sans l’aide d’un PEL, un épargnant qui aurait un projet d’achat immobilier à moins de quatre ans pourrait trouver un intérêt à ne pas épargner sur un PEL. Il aurait, au contraire, intérêt à plutôt épargner sur des produits à plus court terme et plus rémunérateurs.

Les Assurances-vie, un placement plus judicieux ?

En 2017, le taux de la rémunération nette des Assurances-vie sur fonds en euro était de 2,50%. Ce taux correspond au rendement de ces fonds en euro minoré des prélèvements sociaux. Or ces fonds ont connu une tendance baissière sur les années passées, que l’on peut supposer se poursuivre cette année encore. Le taux de rémunération des assurances-vie pourrait donc baisser légèrement, tout en restant supérieur aux 1,75% du nouveau taux de rémunération des Livret A et LDD.

Mais les contrats d’assurance-vie correspondent à des sommes bloquées sur plusieurs années. Leur rachat avant terme, par exemple en cas de besoin de liquidités, est fiscalisé – ce qui pénalise le taux de rendement de ce type de placement. Si l’épargnant est en capacité à épargner régulièrement et sur une période longue, l’assurance-vie peut toutefois être un placement plus intéressant que les livrets.

De l’intérêt des Comptes à Terme

Ces comptes sont ouverts sur des périodes fixées et leur rémunération évolue en fonction de la durée du placement. Mais l’argent placé est bloqué jusqu’au terme du compte. On peut trouver sur le marché des comptes à terme rémunérés avec des taux allant jusqu’à 3,45% sur 24 mois, par exemple. Mais ces taux correspondent à une rémunération brute, de laquelle il conviendra de retirer les 15,5% de prélèvements sociaux ainsi que le taux d’imposition sur le revenu.

Bien que ce produit n’intéresse donc les épargnants appartenant aux tranches les plus imposées (voir les quelques exemples de calcul plus haut, à propos des livrets bancaires), il intéressera tous les autres pour l’attractivité de leurs taux et à la condition qu’ils n’aient pas besoin de leur épargne sur la durée totale du compte à terme.